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Le blog de Alehsam

Le blog de Alehsam

Ce blog a pour but de vous présenter le projet de construction de hôpital Ste Anne pour les pauvres à Mananjary à Madagascar et les actions menées par l’association ALEHSAM pour aider à la construction et le financement de cet hôpital.


Compte-rendu de Jacques et Evelyne Péré - Avril 2010

À tous les amis de l’Hôpital Sainte Anne de Mananjary -  Avril 2010

De retour de notre séjour de 3 semaines auprès du Père Jean-Yves sur le site de l’Hôpital Sainte Anne, il nous semble utile de faire, comme nous l’avons promis à certains d’entre vous, un compte-rendu de ce que nous avons vu, compris et fait sur place .

 

Le contexte du futur hôpital

Par rapport à notre précédent passage à Mananjary en 2004 qui avait été très bref, nous avons mieux pu prendre la  mesure du contexte humain, social, économique, politique et matériel dans lequel doit se construire puis s’inscrire l’Hôpital Sainte Anne. Avec ces quelques notes et photos nous espérons vous donner un aperçu des conditions de vie de la population à laquelle est destiné l’hôpital.

 La ville de Mananjary, située sur le bord de l’Océan indien au Sud-Est de Madagascar, compte environ 40 000 h, mais le territoire concerné par l’hôpital est beaucoup plus large, dans un rayon d’environ 150 km, avec notamment de nombreux villages de brousse où n’existe aucun équipement de santé en dehors de quelques dispensaires.

La population est vraiment très pauvre et vit au jour le jour avec le seul souci de la subsistance quotidienne.

L’habitat est constitué de cases faites en bois et en palmes de ravenale (le fameux « arbre du voyageur » emblématique de Madagascar). Les gens y vivent, dorment et mangent à même le sol, sur des nattes de raphia.

Seule la rue principale de la ville est goudronnée, toutes les autres voies sont des pistes en terre battue.

Le canal des Pangalanes qui traverse la ville parallèlement à la côte constitue une importante voie de communication qui permet de rejoindre des villages isolés (dont l’ancienne mission du Père Jean-Yves à Nosy-Varika).

 Au long des rues des petites échoppes vendent  les produits de première nécessité (en principe, car on ne trouve par exemple pas de lait, ni d’œufs…) et un marché propose des fruits et légumes qui complètent la base de l’alimentation constituée par le riz.

 Il existe un hôpital public, hélas dénué de tout : pas de matériel, peu ou pas de médicaments, un personnel très insuffisant et des locaux vétustes et pas entretenus.

 Chaque année les cyclones (comme celui qui s’est abattu sur Mananjary juste avant notre passage) mettent en péril les cultures déjà précaires : rizières inondées, bananiers arrachés, manioc saccagé, et endommagent gravement les cases qu’il faut sans cesse réparer ou reconstruire. Comme dit, philosophe, Monseigneur José Alfredo Caires de Nobrega, évêque du lieu : « Ils n’ont rien, donc ils n’ont rien à perdre… » .

 Quant aux moyens matériels et techniques liés à la construction de l’hôpital, ils sont tout simplement inexistants. Le camion du père Jean-Yves, offert par l’association de La Réunion, est le seul engin mécanique du chantier : ni tracteur, ni pelleteuse pour déplacer les milliers de mètres cubes de terre, construire les routes, faire des digues, etc… Tout se fait à la main et à la brouette, ce qui représente un travail colossal compte tenu des fortes déclivités du terrain (environ 30m de différence de niveau entre le point le plus haut où se trouvent la route et donc l’accès et le point bas où se trouvent les rizières).

A titre d’exemple, nous avons été frappés et même choqués de voir des femmes et des fillettes casser des cailloux à longueur de journée avec une simple masse : il n’y a pas de concasseur pour faire des graviers à partir de la roche extraite dans une petite carrière non loin du terrain de l’hôpital, ce sont donc les femmes qui produisent ce gravier nécessaire notamment pour le béton des constructions.

De la même façon le sable, prélevé dans la rivière Mananjary, est transporté en pirogue jusqu’à la berge, puis à dos d’hommes dans des sacs jusqu’au point de stationnement du  camion, puis déchargé et transporté à nouveau manuellement sur le chantier.

 Enfin, pour terminer ce bref tableau du contexte, il convient de dire un mot de la situation politique du pays . L’actuel gouvernement a pris le pouvoir par la force, à la suite de violentes émeutes à Antanarivo, au mois de février 2009 . Depuis une Haute autorité de transition, avec le Président Rajoelina à sa tête, tente de diriger le pays . Cette situation est  très précaire, sans aucune efficacité, et crée dans les domaines économiques et administratifs une grande instabilité . Ceci n’est évidemment pas favorable au dialogue et à la concertation nécessaires pour l’obtention des autorisations administratives de création et de fonctionnement de l’hôpital…

 

Le point sur l’avancement des travaux : ce qui a déjà été fait

Vous avez pu, depuis deux ans, grâce aux photos envoyées régulièrement par le Père Jean-Yves, suivre l’avancement des travaux : nous n’en ferons ici qu’un bref rappel, tout en soulignant, compte tenu du contexte décrit ci-dessus, les difficultés de tous ordres qu’il a fallu surmonter  et qui multiplient par cinq ou dix le temps nécessaire pour l’exécution d’une tâche : « Mora-mora », ( « doucement » en malgache), c’est une règle à laquelle personne n’échappe.

- Défrichage de l’ensemble  du terrain (environ 10ha)

- Tracé et réalisation d’une première piste d’accès aux différentes zones

- Nettoyage et plantation des rizières dans les parties basses (en comptant sur deux récoltes par an, ce qui est en principe la pratique locale, l’hôpital pourrait être autosuffisant en riz)

- Réalisation de digues pour franchir les ravines entre collines

- Réalisation d’une grosse digue pour retenir et canaliser l’arrivée d’eau la plus importante

- Pose de buses (fabriquées sur place)

- Creusement de tranchées, tracé et compactage de la route de desserte principale, avec accès au point de forage pour l’alimentation en eau défini par le BRGM

- Nivellement des plateformes destinées à accueillir les bâtiments

- Réalisation de la rampe d’accès de l’entrée principale et du mur de soutènement (160 m de long et 3 m de haut en moyenne) limitant le terrain au long de la route nationale 25

- Plantation de bananiers, manguiers et autres arbres pour stabiliser les terrains après terrassements et en vue de produire une partie des denrées nécessaires à la cuisine de l’hôpital

- Et dernièrement reprise des talus, digues et terrassements endommagés par le cyclone « Hubert »

Tous ces travaux de terrassements et de voirie, qui sont nécessaires en raison de la topographie du terrain, ont naturellement retardé le démarrage des travaux de bâtiment ; c’était, nous le savions dès l’origine, le gros inconvénient du site . En contrepartie, ce terrain situé sur les hauteurs de Mananjary est à l’abri des inondations, un peu moins exposé aux vents que le littoral et il est éloigné des pollutions de la ville. Le cadre naturel et la vue y sont de plus remarquables : ceci est un atout important pour la qualité de vie du futur hôpital .

 

Ce que nous avons fait sur place, avec le Père Jean-Yves

 En quittant la France, le mois dernier, nous ne savions pas exactement ce que nous pourrions faire sur place , notamment pour obtenir ce que nous nommons ici un plan topographique, indispensable pour l’implantation des bâtiments . Le Père Jean-Yves et Monseigneur Alfredo à qui nous en avions fait la demande depuis deux ans nous disaient être dans l’impossibilité de faire réaliser ce document , l’activité de géomètre n’existant pas à Mananjary.

Notre premier travail a donc consisté à faire ce relevé des niveaux, avec des instruments de fortune (dont la célèbre « corde à douze nœuds » dont parle la Bible à propos de la construction du temple de Jérusalem et qui sert à tracer des angles droits !) .Nous avons été bien assisté par le « gardien-contremaître » du chantier qui a vite appris à se servir de ces outils simples : niveau à eau avec tuyau, mire et barre de visée, piquetage, et la fameuse corde.

Le résultat de ce travail nous a permis de déterminer avec précision les zones du terrain exploitables, leurs dimensions, leurs niveaux, et de définir les derniers écrêtements à réaliser pour obtenir au final une surface totale relativement horizontale d’environ 8000 m2 ( soit moins de 10%  de la surface totale du terrain ) répartie en 8 plateformes.

Le soulagement a été grand pour le Père Jean-Yves et pour nous mêmes de constater que, malgré la configuration mouvementée du terrain, il était possible d’installer l’ensemble des bâtiments nécessaires à la vie de l’hôpital, à savoir : administration, locaux de consultations externes, hospitalisation médecine, bloc opératoire et hospitalisation chirurgie, chapelle, logistique (forage, château d’eau, incinérateur, atelier, cuisines, stockages) et lieux de vie pour le père responsable, la communauté des religieuses et les coopérants.

 En dehors de ce travail préliminaire indispensable, nous avons poursuivi l’étude avec les étapes suivantes :

 - Analyse des besoins (nature et nombre des locaux, surfaces, organisation fonctionnelle) sur la base du cahier de charges établi par Madame Béatrice Bellinger, directrice de clinique à La Réunion

- Redéfinition quantitative tenant compte des spécificités locales (personnel, équipements, expérience locale …)

-Implantation des bâtiments sur le terrain en fonction de l’espace disponible

- Esquisses de plans de masse au 1 /500e et de plans de niveaux au 1/200e pour tous les bâtiments

- Etude de faisabilité technique en fonction des matériaux disponibles sur place (utilisation de la latérite grâce à une presse à briques et du granit extrait à Irondro à 60 km taillé en beaux moellons), des pratiques locales (bâtiments entourés de varangues : circulations extérieures protégées des intempéries), de la facilité de mise en œuvre (bâtiments de conception identique, faciles à reproduire), des contraintes climatiques (orientation, ventilation, matériaux résistants à l’humidité).

-Visites de différents établissements de santé (hôpitaux, léproserie, établissement pour enfants handicapés) pour comprendre les urgences et les modes de fonctionnement locaux.

 

Ce qui reste à faire dans les mois, les années à venir

Sur le terrain, les derniers nivellements et les murs de soutènement destinés à conforter les plateformes sont en cours : ils devraient être achevés avant la venue en France du Père Jean-Yves en juillet prochain.

Dans le même temps nous nous sommes engagés à mettre en forme le dossier de permis de construire et les plans détaillés pour la construction de la maison du responsable : nous les lui remettrons en juillet. L’autorisation de construire des logements, délivrée par le maire de Mananjary, devrait être obtenue rapidement.

Il faut d’autre part constituer un dossier d’agrément pour les bâtiments de l’hôpital lui-même avec argumentaire, plans, projet de fonctionnement, noms des membres du personnel… Ce dossier sera instruit par le Ministère de la Santé et nul ne peut dire quel sera le délai d’obtention de cette autorisation . Nous participerons à l’élaboration de ce document, et simultanément nous finaliserons les plans, coupes, élévations, schémas techniques, détaillés et cotés, pour le chantier : nous les communiquerons vers le mois de novembre de cette année.

Les principes de construction du gros œuvre sont déjà arrêtés ; ils correspondent à ce qui se pratique et à ce qui est possible à Madagascar : soubassement en moellons de granit, élévation en briques avec raidisseurs et ceinturage en béton, charpente en bois et couverture en tôle d’acier.

Par contre il reste à faire l’étude technique et financière des matériaux de second œuvre : menuiseries extérieures (probablement en aluminium laqué ou anodisé pour résister à l’humidité), plafonds , revêtements de sol, quincaillerie , équipements sanitaires et autres…

 La construction des bâtiments devrait se dérouler ensuite en plusieurs étapes :

- Réalisation du forage et installation du château d’eau

- Le logement destiné dans l’avenir au Père responsable, mais pouvant accueillir  pendant la durée du chantier le Père Jean-Yves, le (ou les) coopérants techniques et éventuellement des groupes de jeunes (ou moins jeunes !) souhaitant apporter une aide ponctuelle pour les finitions des bâtiments. Cette disposition permettra une présence  permanente sur le chantier et une surveillance active : nous avons pu constater sur  place que cela est indispensable. Démarrage des travaux prévu en septembre 2010 .

- Les quatre pavillons (plateforme 1) accueillant les locaux de consultation externe : salles de consultation, accueil d’urgence, salle des pansements, laboratoire, ainsi que les bureaux nécessaires à l’administration de l’hôpital et la chapelle. Prévision année 2011 .

- A suivre, sur la plateforme 2, le bloc opératoire associé aux locaux de stérilisation, ainsi que les pavillons d’hospitalisation : 25 lits en médecine et 15 lits en chirurgie.

Et, en même temps, la cuisine et la lingerie sur la plateforme 4, ainsi que la maison de la Communauté des sœurs et les logements de coopérants sur la plateforme 8 (à proximité de la maison du Père responsable).

 - Enfin, dans un avenir à préciser : les locaux de maternité et pédiatrie (dits « Pôle Mère-Enfant » ) sur la plateforme 3.

 C’est donc un très gros chantier (plus de 2500 m2 pour l’ensemble), qui reste cependant proportionné avec les besoins et les autres établissements locaux.

Nous espérons que le Père Jean-Yves trouvera rapidement un coopérant efficace pour le seconder dans sa tâche qui est très lourde ; il lui incombe, parallèlement à la gestion du chantier, de recruter le personnel soignant, de faire les démarches administratives, d’entretenir le contact avec les associations et l’ensemble des donateurs …et de rester présent en tant que prêtre à la population locale qui le sollicite de diverses façons.

 Pour conclure ce compte-rendu (plus long que nous ne l’avions prévu, mais il y a tant à dire !) nous vous redisons avec le Père Jean-Yves combien votre soutien à tous est précieux, tant sur le plan moral que sur le plan financier, et que plus que jamais nous devons nous mobiliser pour trouver les dons et les financements qui permettront de mener à bien ce beau projet. 

Avec nos amitiés les plus sincères

                                                                                   Evelyne et Jacques Péré

 
 

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