Voici le témoignage de Rémi DECOUVELAERE qui vient de terminer une année de coopération à l'Hôpital Ste Anne. Ce témoignage date de quelques mois.
Volontaire à l’hôpital Saint-Anne pour un an, ma mission première est de gérer la comptabilité. Celle-ci a déjà été bien mise en place par mon prédecesseur, Timothée, ce qui me libère du temps pour des tâches très variées : informatique, soutien au secrétariat ou à la pharmacie, gestion des ressources humaines, courses en ville, organisation des archives, développement des amènagements, etc… Je n’ai pas le temps de m’ennuyer ! Voici mes premières impressions sur l’hôpital, après bientôt 6 mois.
Le moins que l’on puisse dire en découvrant l’hôpital Saint-Anne, c’est que l’on ne s’attendait pas à ça. Surplombant une colline aux solides murs de soutènement, et composé de plusieurs bâtiments en pierre à l’aspect indestructible, l’hôpital ressemble un peu à une forteresse, bâtie pour résister aux assauts du temps et des intempéries. Son ennemi principal : les cyclones, chaque année plus nombreux et plus dévastateurs. C’est d’ailleurs lors du terrible cyclone Batsirai, qui a ravagé la ville de Mananjary en 2022, que l’hôpital Saint-Anne a ouvert en urgence, pour accueillir les malades de l’hôpital public, alors en ruines.
A l’abri des murailles, on découvre un hôpital aux normes européennes, doté de nombreux équipements, et d’un personnel très qualifié (100% malgache) - le chirurgien doit par exemple maîtriser la plupart des spécialités chirurgicales pour pouvoir prendre en charge tous les patients. Cependant, dès qu’on s’écarte un peu des bâtiments et qu’on contemple le reste du site depuis l’esplanade de l’hôpital, on a l’impression de se retrouver au milieu d’un parc botanique ou d’une exploitation agricole : sur chaque flanc de colline des arbres fruitiers ou du manioc, dans chaque vallon des rizières, mais aussi une étable, un poulailler, un potager et un étang… De quoi faire rêver n’importe quel agriculteur ! L’hôpital a été conçu dans une optique d’autosuffisance alimentaire et énergétique. Cette recherche de l’autosuffisance alimentaire a de nombreux avantages: maîtrise de la qualité de la nourriture des patients (tout est cultivé sans intrants ou pesticides, le fumier des vaches servant d’engrais), réduction des coûts, et création d’emplois pour les locaux (ce qui permet à certains patients de payer leur facture en nature, comme on le verra plus tard).
Quant à l’autonomie énergétique, indispensable pour un hôpital, elle est assurée par des panneaux solaires, relayés par une génératrice en cas d’ensoleillement insuffisant (ce qui est rarement le cas). Le réseau électrique public, peu fiable et ne fonctionnant qu’à certaines heures de la journée, pour un coût élevé, n’aurait pu satisfaire ce besoin. L’hôpital a aussi son propre réseau d’eau potable, avec sa propre station d’épuration écologique (une des premières à Madagascar). La maîtrise de la qualité de l’eau est en effet indispensable pour la santé des patients, et le réseau d’eau de la ville (trop distante par ailleurs) ne fournit pas une eau de qualité satisfaisante.
Qu’en est-il de l’autonomie financière? Comment rendre l’hôpital financièrement autonome tout en préservant sa vocation première d’accueillir les plus pauvres? La plupart des malgaches (environ 80%) vivent en-dessous du seuil de pauvreté, mais l’hôpital peut-il, de façon pérenne, prendre en charge tous ses patients gratuitement? Actuellement, le système mis en place est le suivant : les patients étrangers paient le coût réel de leur hospitalisation, tandis que les patients malgaches bénéficient d’une réduction importante; s’ils ne peuvent pas payer, ils ont la possibilité de rembourser leurs soins en demandant à leurs proches et connaissances de travailler quelques jours pour l’hôpital, par exemple dans les cultures. Dans les cas où le patient n’a pas de famille ou si les soins sont trop coûteux, ils sont alors pris en charge gratuitement. Ce système permet de prendre en charge tous les patients, sans dépendre de façon exagérée des dons – qui, au demeurant, restent encore indispensables.
Ainsi, l’hôpital Saint-Anne, au-delà de sa qualité en tant que centre de soins, est un modèle de projet autonome, parfaitement adapté à la réalité de Madagascar. Si le gouvernement malgache peine à développer le pays, et si certaines associations sous perfusions de dons entretiennent une certaine dépendance vis-à-vis des pays étrangers, on peut par contre placer beaucoup d’espoir dans ce genre de projets autonomes, qui améliorent les conditions de vie des habitants et dynamisent l’économie à l’échelle locale, tout en respectant l’environnement.
Rémi Decouvelaere, volontaire MEP à l’hôpital Saint-Anne de Mananjary
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